Notre Cœur cherche un sens… - Affiches

Notre Cœur cherche un sens…

14/02/2017 - Jugement de CL à la suite de l'attentat dans la mosquée de Québec

Il est bouleversant de voir les photographies d'Azzedine Soufiane, de Mamadou Tanou Barry, de Khaled Belkacemi, d'Aboubaker Thabti, d'Ibrahima Barry et d'Abdelkrim Hassane, les six musulmans québécois abattus alors qu'ils priaient dans leur mosquée le 29 janvier dernier. Quand on pense aux dix-sept orphelins qu'ils ont laissés, aux autres victimes de la fusillade, dont certains sont toujours en état critique, ou à ceux qui ont pu quitter la mosquée physiquement indemnes, mais profondément désemparés, nous ne pouvons que faire preuve de compassion pour eux . Instinctivement, nous éprouvons un sentiment d'indignation morale que cela pourrait se produire ici, dans un Canada habituellement pacifique. Et notre indignation nous fait vouloir mettre le blâme sur quelque chose ou quelqu'un - oui sur l'assassin, mais aussi sur ce qui pourrait l'avoir conduit à commettre un tel acte odieux. Nous pourrions blâmer les élections récentes aux États-Unis, le nationalisme québécois, les règles laxistes sur les armes à feu, certaines émissions de radio à Québec ou le manque de leadership politique. Mais où est l'individu, la personne humaine au milieu de tout cela? Ces six visages qui nous regardent éveillent une douleur profonde à l'intérieur de nous-mêmes, une douleur du fait qu'ils ne sont plus parmi nous, une douleur pour leurs enfants, leurs familles et leurs proches.

Quelle ironie que ces musulmans priaient dans leur mosquée, recherchant un sens, un lien entre leur existence quotidienne éphémère et le visage du mystère. Leurs vies ont été prises sans raison, comme si cette existence éphémère s’effaçait physiquement. Leur geste significatif fut attaqué par une action dépourvue de tout sens. La violence est toujours dépourvue de sens et le manque de sens nous fait toujours réagir, finalement violemment, avec nous-mêmes et les autres. Et quand nous ne voyons aucun sens à notre existence, il devient difficile pour nous aussi de comprendre que l'autre, celui qui est différent de nous, celui avec lequel nous pourrions ne pas être d'accord peut être un bien pour nous.

Si notre première réaction n'est pas l'indignation morale et la recherche d'un coupable mais la douleur pour la perte de plusieurs d'entre nous, il devient aussi plus facile de voir que les débuts d'une réponse à ce mal ne se trouvent pas dans la réforme systémique, qui a tout de même son importance, ou dans des solutions politiques, qui sont peuvent aussi être significatives. Une première réponse aux événements tragiques et dramatiques du 29 janvier repose plutôt dans le cœur humain, un cœur qui cherche un sens, le seul sens qui puisse étancher sa soif. Car seul si mon cœur a eu le goût d'une satisfaction autrement impossible, serai-je capable de reconnaître que l'autre est un bien pour moi.

Même si cela peut nous paraître impossible aujourd'hui, ce simple geste de prière posé par nos frères musulmans en train d'être massacrés est une possibilité d'espoir pour nous tous. Notre réponse la plus simple est de reprendre notre chemin et de vivre notre existence quotidienne éphémère avec une nouvelle conscience qu'elle a un sens, précisément parce qu'elle se rapporte à l'Infini.

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