Fusillade à Greektown, Toronto s'accompagner les uns les autres est plus important que de contrôler les armes à feu - Revue de presse

Fusillade à Greektown, Toronto s'accompagner les uns les autres est plus important que de contrôler les armes à feu

John Zucchi Il Sussidiario

31/07/2018

Greektown, un quartier pittoresque dans l’est de Toronto, regorge de terrasses et de restaurants très fréquentés en été. Lors des chaudes soirées d'été, vousverrez des gens se promener dans les rues ou s'asseoir aux nombreuses tablesextérieures des restaurants, pour profiter le plus possible de la températureclémente avant que le froid ne revienne. Tard dimanche soir, après une journée pluvieuse et alors que les gens s'aventuraient à nouveau dans les rues, un tireur solitaire portant un sac et des vêtements noirs a commencé à tirer au hasard surdes groupes de personnes dans la rue principale du quartier de Greektown,aussi connu sous le nom de Danforth. Pour l’instant, nous savons seulement quele tireur avait 29 ans, qu'il a tiré sur treize personnes et s’est enfui avant de sesuicider. Il a abattu une femme qui venait de tomber en tentant de fuir les lieux.
Une autre victime est décédée et une fillette de neuf ans se trouve encore dans un état critique.
Il est étrange de commenter sur une tragédie alors que tous les faits ne sont pasencore clairs. Nous n'avons encore aucune idée des motifs de ces meurtres etnous ne connaissons pas non plus l'identité du tireur.
Certainement, cet événement terrible nous laisse avec beaucoup de questions.Comment cela est-il possible dans un pays pacifique comme le Canada? Nous avons des lois très strictes sur le contrôle des armes à feu. Nous n'avons pas de batailles politiques sur le droit de porter des armes. Les Canadiens trouvent que l'accès facile aux armes aux États-Unis est odieux, et les villes canadiennes sont réputées plus sécuritaires que les villes américaines. Il n’y a habituellement rien à craindre dans les rues de Toronto, même lorsqu’on y marche tard la nuit. Le Canada, avec une population de 37 millions d'habitants, a dénombré 611 meurtres en 2016. En comparaison, la ville de Chicago a compté 762 homicides la même année.

Et pourtant, nous aussi avons eu nos moments de terreur. En 1989, quatorze jeunes femmes ont été abattues à l'École Polytechnique de Montréal. Quelques années plus tard, une autre fusillade a eu lieu dans un collège de Montréal. Au début de l'année dernière, un autre jeune homme a ouvert le feu dans une mosquée de Québec, tuant six musulmans en prière et en blessant 19 autres.Plus tôt cette année, un jeune homme désabusé, utilisant une grande fourgonnette de location, a fauché de nombreuses personnes dans l'une des rues les plus achalandées de Toronto, causant dix morts et 13 blessés.

L'une des questions les plus sérieuses à Toronto récemment a été de savoir comment gérer l'accès facile aux armes illégales. En effet, la ville a connu un pic de meurtres causés par arme à feu, soit 26 depuis le début de l'année. Ces crimes étaient principalement liés aux activités des gangs de rue. Il serait dommage que les défenseurs des armes à feu américains prétendent que le contrôle des armes au Canada n'ait rien fait pour éviter ces incidents terroristes. Les lois contrôlant l’accès aux armes à feu sont certainement nécessaires, mais elles ne peuvent être l’unique solution au problème. Comme le montrent les cas canadiens, même si les armes sont tenues hors du pays ou si leur possession est bien réglementée, il existe toujours un moyen de se les procurer illégalement ou même d’utiliser des armes de chasse légales.

Ce qui frappe, c'est la solitude des auteurs de ces attaques dans les 30 dernières années, du moins au Canada. Il semble avoir été des gens auparavant invisibles aux yeux de la société. Tous les cas cités plus haut - et je pourrais en mentionner d'autres concernaient des jeunes hommes solitaires et disabuses ne cultivant aucune relation interpersonnelle. Leurs camarades du secondaire se souvenaient d'eux comme des âmes solitaires. Ils allaient à l'école, travaillaient et faisaient les mêmes activités que les autres, mais d'une manière détachée.
Très récemment, la ville de Montréal a connu l'une de ses plus longues canicules. Il en a résulté 55 morts. La plupart des victimes étaient des homes âgés qui habitaient au dernier étage d’immeubles sans air climatisé. La plupart d'entre eux avaient des problèmes physiques ou mentaux. Ils étaient seuls, sans amis et sans surveillance.

Chaque année, le père Claude Paradis, un ancient itinérant qui est maintenant prêtre auprès des sans-abri à Montréal, célèbre une messe funèbre pour tous les gens de la ville dont les corps n'ont pas été réclamés par leurs proches. Cette année, plus de 400 dépouilles n’ont pas été réclamées à Montréal.

Ces faits ne suggèrent-ils pas une déchirure dans notre tissu social? Alors qu’existent toutes sortes d’organismes de charité et qu’on encourage les jeunes à faire du bénévolat, entre autres pour augmenter leurs chances d'entrer dans l'université de leur choix, n'est-ce pas triste que nous laissions tant de gens passer au travers des mailles du filet? Nous intéressons-nous vraiment à nos voisins, à leurs besoins? Bien sûr, nous ne pouvons pas suppléer à la liberté humaine. Aucun mécanisme ne rendra les gens bons. Nous pouvons toujours choisir le mal, mais si d'une manière ou d'une autre nous pouvions rejoindre ces gens qui semblent avoir sombré dans l’oubli, ceux qui meurent seuls ou ceux dont la solitude est si insupportable qu'ils se tournent vers la violence, nevivrions-nous pas dans une société plus humaine? Dans un premier temps, nous pouvons garder les victimes de cette terrible tragédie, y compris le tueur lui-même, dans nos pensées et nos prières, ce qui n'est pas une phrase pieuse si elle pénètre vraiment dans notre conscience. Par ce geste simple, nous pouvons commencer à leur montrer qu'ils ne sont pas oubliés. Ne pas oublier notre prochain est déjà le signe d'une nouvelle prise de conscience.

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